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Le déficit d’organisation des circuits commerciaux fait parfois monter les prix à la consommation de certains autres fruits, mais le produit algérien est là, remplaçant, en l’espace de quelques années, presque en totalité, les produits d’importation qui avaient contribué à la saignée des réserves de change dans les deux premières décennies des années 2000.
Incontestablement, un élan vigoureux a été imprimé à l’arboriculture, et ce à travers des programmes publics de soutien et de reconversion, mais aussi à travers des initiatives individuelles, à l’image de la filière de la caroube que l’Algérie exporte aujourd’hui vers une cinquantaine de pays, y compris les USA.
L’arboriculture fruitière, de façon générale, est en train de connaître une avancée considérable sur le plan de la surface cultivée et des espèces introduites, parfois dans des régions qui étaient vouées jusqu’ici à la céréaliculture et au pastoralisme. Ces dernières activités ont souffert des limites physiques et biologiques atteintes par les ressources naturelles.
Les sols chétifs et pauvres en matière organiques de certaines régions steppiques ne pouvaient plus continuer à être consacrés aux céréales en sec ou à l’élevage extensif. L’offre fourragère se fait de plus en plus rare.
Les pouvoirs publics ont, depuis la fin des années 1990, opté pour ce qui était appelé à l’époque la reconversion des systèmes de culture. Il s’agit d’opter le plus souvent pour les cultures pérennes en remplacement des grandes surfaces céréalières, là où les rendements de ces dernières sont trop bas, ou en complément, afin d’assurer de meilleurs revenus aux agriculteurs et de diversifier l’offre alimentaire du consommateur algérien sans passer nécessairement par l’importation.
Ainsi, depuis le début des années 2000, ce sont des milliers d’hectares d’arboriculture fruitière qui sont réalisés aussi bien dans les régions côtières, les plaines de l’intérieur, les Hauts Plateaux, que sur les massifs montagneux. Fruits à pépins, fruits à noyaux et fruits secs ont bénéficié des subventions publiques, à travers des fonds du ministère de l’Agriculture et du Développement rural et de la Pêche.
La part du lion revient cependant à l’olivier qui, en moins d’un quart de siècle, a réussi à gagner des espaces insoupçonnés dans des régions où il n’était pas connu auparavant (El Oued, Laghouat, Djelfa, Aflou, Naama…).
La reconversion des systèmes de culture était basée aussi sur l’idée que les grandes cultures, en l’occurrence les céréales, ne peuvent pas être irriguées dans leur totalité en raison de l’impossibilité de mobiliser des quantités d’eau considérables.
Reconversion des systèmes de culture
L’ambition de parvenir à trois millions d’hectares en périmètres irrigués est toujours dans la tablette du gouvernement (y compris par l’utilisation des eaux usées traitées, dont le taux actuellement ne dépasse pas 15%), mais la première destination de l’eau d’irrigation, permise par les grandes réalisations en ouvrages hydrauliques des vingt dernières années, demeure les maraichages et l’arboriculture fruitière, avec des systèmes techniques basés sur le souci de l’économie de l’eau (par exemple le goutte-à-goutte).
Ainsi, le verger national, dans lequel est intégré naturellement le vignoble qui retrouve ses lettres de noblesse depuis les arrachages des années soixante-dix du siècle dernier, ne cesse de progresser chaque année.
Rien qu’à l’échelle du territoire des Hauts Plateaux, une ceinture oléicole a été réalisée entre 2010 et 2016 par le Haut-commissariat au développement de la steppe (HCDS), s’étendant sur plusieurs dizaines de milliers d’hectares.
Les oliviers de la Ceinture ont enregistré des taux de réussite importants (de 80 à 100 %), débouchant sur une production d’huile d’olive de qualité en complément à celle de la région du Tell qui fait partie du paysage naturel et écologique du Nord d’Algérie depuis l’antiquité.
Outre la problématique de l’organisation commerciale des circuits de distribution – à laquelle certaines formes de spéculation ne sont pas étrangères –, la production fruitière continue partiellement à pâtir du déficit de prise en charge sur le plan de la transformation agroalimentaire.
En effet, malgré la grande avancée enregistrée dans la création d’entreprises, de différentes dimensions (y compris des micro-entreprises financées par des dispositifs spécifiques), versées dans l’industrie agroalimentaire, des quantités importantes d’abricots, de pêches, de prunes, ayant une durée de vie trop courte, peinent à trouver leur place dans les ateliers de transformation.
On imagine bien le stress des agriculteurs de Massaâd de M’cif (Bou Saada), de Khobana (dans la wilaya de M’Sila), de Djemora (Biskra) et de N’gaous (wilaya de Batna) devant de telles situations.
Les efforts de soutien des pouvoirs publics se poursuivent dans le volet de la création d’entreprises spécialisées dans la transformation agroalimentaire, entreprises censées pouvoir exporter le produit algérien vers le continent africain et vers l’Europe, où le produit algérien trouvera une place de choix.
Sur la même lancée, la formation professionnelle et l’enseignement supérieurs sont en train de s’enrichir en métiers sollicités par le secteur de l’agroalimentaire visant à former des cadres de conception, des cadres d’exécution et des ouvriers spécialisés.
Amont agricole et aval de la transformation : vases communicants
Par ailleurs, pour que l’amont agricole – en termes de produits récoltés – rencontre efficacement l’aval industriel à travers le processus de transformation, la régulation des flux est essentielle.
Les fruits hautement périssables des régions de M’Sila, Biskra ou Batna souffrent d’un manque d’infrastructures de stockage frigorifique de proximité. Sans une chaîne de froid rigoureuse dès la cueillette, la « course contre la montre » est perdue d’avance. Les experts tablent sur le développement de plateformes logistiques régionales, situées au cœur même des bassins de production.
Ces hubs permettraient de lisser l’offre, de maintenir la qualité de la matière première et de fournir les usines de transformation de manière continue, évitant ainsi les goulots d’étranglement lors des pics de récolte.
De même, le stress des agriculteurs face aux excédents de récolte met en lumière un autre maillon faible : celui de la quasi-absence de contrats de culture solides entre les producteurs et les transformateurs.
Actuellement, les transactions reposent encore trop souvent sur le marché « Spot » (au jour le jour), soumis à une forte volatilité. La tendance qui se dessine, avec l’abondance de récolte, comme celle que l’on connaît cette année, est la formule d’un partenariat gagnant-gagnant par lequel il faudrait institutionnaliser des contrats pluriannuels qui garantissent aux agriculteurs un prix minimum d’achat et des volumes définis, tandis que les industriels s’assurent un approvisionnement conforme aux normes de calibrage et de qualité requises pour l’exportation.
Si la volonté politique et la dynamique de création d’entreprises sont bien réelles, le passage d’une agriculture de subsistance à une filière agro-industrielle exportatrice exige immanquablement une intégration verticale parfaite.
C’est à ce prix, en connectant la logistique de froid, la contractualisation commerciale et l’innovation technologique, que le potentiel des différents terroirs se transformera en une véritable richesse stratégique, contribuant à la diversification économique et des exportations et contribuant également à diversifier le régime alimentaire des Algériens, l’extrayant du « tout-céréales », sans oublier l’« écho » patrimoniale, le label, que représente la production du terroir (la figue de Beni Maouche, la cerise de Larbaâ Nath Irathen et de Miliana, l’abricot de Ngaous, la Deglet Nour de Foughala ou de Sidi Okba).