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L’Algérie pourrait-elle devenir l’un des futurs fournisseurs majeurs d’hydrogène vert de l’Europe ? C’est l’hypothèse que vient conforter une étude scientifique récente publiée dans la revue Applied Energy, consacrée au potentiel algérien dans ce domaine stratégique en pleine recomposition.
Produire de l’hydrogène vert en Algérie reviendrait entre 4,6 et 5,2 euros le kg
En croisant données spatiales, capacités solaires, besoins en eau, infrastructures et perspectives logistiques, les auteurs de cette étude concluent que le pays dispose d’atouts réels pour bâtir une filière exportatrice à grande échelle. Le premier enseignement de l’étude tient au coût de production. Selon ses résultats, produire de l’hydrogène vert en Algérie reviendrait entre 4,6 et 5,2 euros le kilogramme. Cette fourchette place le pays dans une position compétitive, à condition toutefois que les investissements nécessaires soient engagés dans les infrastructures de production, de transport et d’exportation.
L’analyse évoque même la possibilité de développer, à terme, des capacités d’exportation pouvant atteindre10 millions de tonnes par an vers les marchés européens. Cette projection fait directement écho aux ambitions de l’Union européenne, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en énergie décarbonée.
L’Algérie bénéficie d’un des gisements solaires les plus importants au monde
Dans le cadre du programme REPowerEU, Bruxelles vise en effet l’importation de 10 millions de tonnes d’hydrogène vert par an à l’horizon 2030. Dans cette perspective, l’Algérie apparaît comme un candidat naturel. Sa proximité géographique avec l’Europe, son expérience historique des exportations énergétiques et l’existence de corridors potentiels par gazoducs jouent clairement en sa faveur. Mais c’est surtout le potentiel solaire du pays qui fonde cette ambition. Avec une superficie d’environ 2,38 millions de kilomètres carrés, dont près de 80% sont constitués de zones désertiques, l’Algérie bénéficie d’un des gisements solaires les plus importants au monde.
L’irradiation y varie, selon l’étude, entre 4,6 et 6,6 kilowattheures par mètre carré et par jour, tandis que les régions du Sud enregistrent plus de 3500 heures d’ensoleillement par an. Pour une filière fondée sur l’électricité renouvelable et l’électrolyse de l’eau, cet avantage naturel est déterminant. L’étude rappelle d’ailleurs que l’Algérie s’est déjà fixé des objectifs importants en matière de transition énergétique.
L’Algérie ambitionne d’installer environ 13,5 gigawatts de solaire à l’horizon 2030
L’Algérie ambitionne d’installer environ 13,5 gigawatts de solaire à l’horizon 2030, dans le cadre d’un programme plus large visant 15000 mégawatts d’énergies renouvelables d’ici2035. Le solaire photovoltaïque devrait constituer l’ossature principale de cette montée en puissance. Pour les auteurs, cette trajectoire pourrait servir de base à une production industrielle d’hydrogène vert, à condition que la planification énergétique soit articulée à une stratégie industrielle claire.
Au-delà des seuls chiffres, le travail publié dans Applied Energy se distingue par sa méthode. Les chercheurs ont construit un atlas spatial avancé reliant les zones de production solaire aux possibilités de production d’hydrogène. Plusieurs scénarios ont été modélisés : raccordement au réseau électrique, développement le long de corridors énergétiques, ou encore implantation dans des régions isolées non connectées. Cette approche permet de dépasser les discours généraux sur le «potentiel» pour entrer dans une lecture plus concrète des conditions de faisabilité.
De l’optimisation technologique
L’un des points techniques mis en avant concerne la configuration des installations photovoltaïques. Les résultats montrent que l’utilisation de panneaux inclinés améliore le rendement de production d’hydrogène et réduit le coût final par rapport à des panneaux horizontaux. Cette précision, apparemment secondaire, reflète en réalité l’importance de l’optimisation technologique dans la compétitivité future de la filière. Autre variable décisive concerne l’eau.
La production d’hydrogène vert par électrolyse suppose des ressources hydriques disponibles et sécurisées. L’étude examine à cet égard plusieurs options, notamment le recours aux eaux souterraines et le dessalement de l’eau de mer. Là encore, la viabilité de la filière dépendra de l’arbitrage entre coût, disponibilité de la ressource et localisation des projets.
La production mondiale d’hydrogène avoisine 100 millions de tonnes par an
Le contexte international renforce l’intérêt de cette réflexion. Aujourd’hui, la production mondiale d’hydrogène avoisine 100 millions de tonnes par an, mais moins de 1% seulement provient de procédés à faibles émissions. L’essentiel reste issu de méthodes conventionnelles fortement carbonées, responsables d’environ 920 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an. Dans ce paysage, l’émergence de nouveaux pôles de production d’hydrogène vert répond à un double impératif : décarboner l’industrie mondiale et redessiner les équilibres énergétiques.
Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse donc la seule diversification énergétique. Il s’agit aussi de se positionner sur un marché appelé à structurer les échanges de demain, en valorisant une ressource solaire abondante et une position géographique stratégique. Le pays dispose d’atouts tangibles, mais le passage du potentiel théorique à une industrie exportatrice suppose des choix rapides : infrastructures dédiées, corridors logistiques, sécurisation de l’eau, cadre réglementaire et partenariats industriels.