April 13, 2026 | 2 months ago

Forum maritime d’Alger: Le financement, thème phare de la 3e édition

La 3e édition du Forum maritime d’Alger, qui se tiendra jeudi prochain dans la capitale, réunira les principaux acteurs du secteur maritime et financier.

Farida BELKHIRI
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Le forum focalisera sur les enjeux stratégiques en rapport avec le shipping finance ou financement maritime. «Cette édition marquera une première en Algérie. Le shipping finance sera abordé dans le cadre d’un forum dédié», indique Global Trade Support, organisateur de cet événement et spécialisé dans la stratégie de développement économique. Le shipping finance est connu comme l’un des cercles les plus fermés de la finance internationale, où les acteurs majeurs se comptent sur les doigts d’une seule main. Cette rencontre rassemblera décideurs, armateurs, investisseurs, institutions financières, autorités publiques et opérateurs portuaires afin d’examiner les mécanismes de financement du transport maritime et l’évolution des modèles économiques du secteur.

La flotte mondiale estimée à plus de 1.300 milliards de dollars

Le consultant international en développement économique, Abderrahmane Hadef, estime dans ce contexte, qu’à l’heure où les recompositions géoéconomiques redéfinissent les flux commerciaux mondiaux et où le transport maritime s’impose comme le pivot structurel de l’économie globale, ce forum intervient à un tournant décisif. «Il offre une opportunité historique de repositionner le secteur maritime national, non plus comme une simple fonction de transit, mais comme un levier de transformation industrielle et de souveraineté», souligne-t-il.

La première problématique à aborder, selon lui, réside dans le financement d’un secteur intensif en capital. «La valeur de la flotte mondiale est estimée à plus de 1.300 milliards de dollars et son renouvellement exige des investissements colossaux. Les mécanismes ont évolué vers des instruments sophistiqués: crédit maritime structuré, sale et leaseback, fonds d’investissement dédiés et, désormais, obligations bleues et vertes pour répondre aux exigences de décarbonation», fait-il remarquer.

Moderniser les infrastructures

Pour l’Algérie, l’enjeu est de structurer un écosystème financier capable de mobiliser ces outils afin de soutenir l’émergence d’un pavillon national compétitif et moderne. Le financement, poursuit-il, doit s’accompagner d’une refonte de la chaîne logistique.

«À l’échelle internationale, les coûts logistiques pèsent en moyenne 10 à 12% du prix final des marchandises, mais ce taux peut bondir à plus de 20% dans certaines économies en développement, pénalisant l’export. La réduction des délais de passage portuaire, la digitalisation intégrale des procédures et l’interconnexion avec les corridors terrestres sont les nouveaux marqueurs de performance», explique-t-il, soutenant que l’Algérie doit accélérer la modernisation de ses infrastructures pour capter une part significative des flux régionaux. Dans un marché globalisé, note-t-il, la lisibilité réglementaire et la compétitivité du pavillon sont essentielles.

«Les grandes places maritimes prospèrent grâce à un triptyque clair : flexibilité opérationnelle, incitations fiscales ciblées et sécurité juridique. Une réforme profonde du cadre institutionnel permettrait à l’Algérie non seulement de renforcer son pavillon, mais aussi d’attirer des partenaires technologiques et financiers de premier rang», affirme-t-il, en rappelant que le secteur maritime, responsable d’environ 3% des émissions mondiales de CO₂, est engagé dans une course à la décarbonation tandis que les besoins en investissements pour les navires à propulsion verte et les carburants alternatifs se chiffreront en centaines de milliards d’ici 2050.

Devenir un hub d’avitaillement propre

Il fait savoir, dans ce registre, que notre pays dispose d’une carte maîtresse, à savoir un potentiel en hydrogène vert. «En anticipant cette transition, le pays peut devenir un hub d’avitaillement propre-bunkering-en Méditerranée, créant une synergie directe entre transition énergétique et puissance maritime. En fait, dans la dynamique de diversification économique actuelle, le transport maritime est le principal vecteur de conquête de marchés. Une amélioration de 10% de la performance logistique peut induire une hausse des volumes d’exportation de l’ordre de 15 à 20%», affirme-t-il.

Pour l’Algérie, il ne s’agit plus seulement d’exporter, mais de le faire de manière fiable et compétitive. «Le développement de lignes régulières dédiées et la spécialisation des plateformes portuaires sont des pré-requis indispensables pour soutenir nos exportateurs. Le contexte actuel, marqué par les tensions en mer Rouge et les perturbations des routes stratégiques, a provoqué une volatilité extrême du fret qui pousse les acteurs mondiaux vers la délocalisation et la recherche de routes plus sécurisées», souligne-t-il.

La Méditerranée occidentale apparaît alors, d’après lui, comme une zone de stabilité accrue, offrant à l’Algérie l’opportunité de s’affirmer comme un hub logistique majeur entre l’Afrique et l’Europe. «Le transport maritime et la logistique ne doivent plus être perçus comme des secteurs de support, mais comme de véritables moteurs de croissance. Leur développement conditionne la réussite de notre insertion dans les chaînes de valeur mondiales et notre capacité à projeter l’économie algérienne sur la scène internationale», conclut-il.

April 12, 2026 | algeria-logo