22 février 2026 | il y a 2 mois

Start-up algériennes, 2026 : l’année du décollage

L’année 2026 marque un tournant décisif pour l’écosystème des start-up en Algérie.

news-detail

Après une phase de conception et de structuration réglementaire amorcée en 2020, le cap est désormais mis sur la maturation financière et l’expansion continentale. Longtemps perçu comme un écosystème en gestation, soutenu par des fonds publics et une politique de labellisation volontariste, l’Algérie opère un saut qualitatif. Entre l’ouverture du capital de ses pépites technologiques à la Bourse d’Alger, l’affinement de son arsenal fiscal et son positionnement affirmé comme hub de l’innovation, lors de la Conférence africaine des start-up, l'Algérie construit méthodiquement les piliers d’une économie de la connaissance.

Si la période 2020-2024 a été celle de la mise en place des fondations, avec la création du label «Start-up» et du Fonds Algérien des Start-up (ASF), l’année 2026 consacre une phase de consolidation juridique. Les autorités publiques affinent les dispositifs, pour sécuriser la croissance des entreprises innovantes. La preuve la plus éclatante de cette nouvelle maturité est l’aménagement du cadre boursier. Un mécanisme d’accompagnement spécifique, piloté par le ministère des Finances et la COSOB, a été instauré, pour faciliter l’entrée des jeunes pousses en Bourse, incluant des mesures phares, comme l’exonération des frais d’introduction. Sur le plan fiscal, la loi de finances apporte des ajustements significatifs.

Il ne s’agit plus seulement d’exonérer les start-up, mais de créer un environnement prévisible et cyclique.

La Bourse est ouverte aux start-up, avec une mesure inédite, une exonération totale des frais d’introduction pendant trois ans (2026-2028). Annoncée, fin janvier 2026, par la COSOB, la Société de Gestion de la Bourse des Valeurs (SGBV) et Algérie Clearing, cette dispense couvre les visas COSOB, l’admission à la cotation et les frais de gestion. Elle cible les start-up labellisées, qui pourront lever jusqu’à 500 millions de dinars (environ 3,8 millions USD), via le segment «Croissance» de la Bourse d’Alger. L'objectif est de dynamiser l’écosystème entrepreneurial, en diversifiant les financements, au-delà des subventions publiques et du capital-risque traditionnel. Cette initiative marque une première pour le marché financier algérien, favorisant l’innovation et l’économie créative.

Dès 2026, cinq start-up devraient intégrer la Bourse pour mobiliser des capitaux privés. Une avancée stratégique pour l’économie numérique. Désormais, les incubateurs labellisés bénéficient d’une exonération de l’IRG/IBS pour deux ans, reconductible à chaque renouvellement de leur label. En outre, la création, par décret présidentiel, du «Prix du président de la République de la meilleure start-up» vient couronner cette architecture, en institutionnalisant la reconnaissance de l’excellence entrepreneuriale. Par ailleurs, la problématique du financement a longtemps été l’angle mort de l’écosystème algérien, trop dépendant des subventions publiques et des banques publiques via l’ASF.

L’année 2026 sonne le glas de ce modèle exclusivement administré, comme l'a expliqué, récemment, Bilal Achacha, directeur général de l’Agence nationale de soutien et de développement de l’entrepreneuriat (NASDA). L’annonce de l’introduction en Bourse d’au moins cinq start-up, cette année, est une révolution silencieuse, mais profonde. Après Moustachir, devenue, en début d’année 2025, la première start-up à intégrer la bourse, des acteurs de l’agriTech, de la healthTech et de l’IA s’apprêtent à franchir le pas. Cette ouverture du compartiment boursier aux entreprises innovantes poursuit un double objectif. Celui d'offrir aux start-up un accès à des capitaux massifs, pour financer leur industrialisation et proposer à l’épargne nationale une alternative de placement à haut potentiel, créant ainsi un cercle vertueux de financement local de l’innovation. Cette ambition de «mise à l’échelle» est chiffrée : la tutelle ambitionne d’accompagner 16 start-up vers le statut de scale-up, dès 2026, avec un objectif stratégique clair : voir émerger, à moyen terme, une entreprise algérienne valorisée à un milliard de dollars, la fameuse «licorne».

C’est tout le sens du thème de la Conférence africaine des start-up 2025, «RaisingAfrican Champions», qui visait, justement, à outiller les pépites du continent, pour qu’elles deviennent des leaders régionaux. Les indicateurs de croissance confirment l’embellie. Début 2026, ce sont plus de 1.100 start-up qui ont obtenu le label officiel, depuis la création du dispositif. L’agriTech, la healthTech, la fintech et l’intelligence artificielle sont les fers de lance de cette expansion, et «ce sont précisément ces secteurs qui devraient alimenter le flux des introductions en Bourse».

Cette évolution montre une capacité des entrepreneurs algériens à s’emparer de sujets complexes et à proposer des solutions innovantes à des défis économiques réels.

La contribution de la diaspora reste significative. Il est à noter que, selon le ministère de l’Économie de la connaissance, environ 10% des start-up créées en Algérie l’ont été par des Algériens établis à l’étranger, avec une participation féminine équivalente à celle des hommes.

Sur l’échiquier africain, l’Algérie joue, désormais, les premiers rôles. Si l’écosystème est désormais considéré comme mature, il nécessite, selon Fathi Gasmi, directeur d’un cabinet de consulting en développement d’entreprises et membre fondateur du Conseil de renouveau économique algérien (CREA), «une phase de stabilisation, pour garantir la soutenabilité des dispositifs mis en place».

22 février 2026 | algeria-logo