19 mai 2024 | il y a 2 ans

Nouvelle feuille de route pour réorganiser le secteur public marchand : L’État croit en ses entreprises

De leur passage à l’autonomie vers la fin des année 80 à la mise en place de fonds de participations, puis de holdings et de sociétés de gestion (SGP), en passant par les fameuses listes de privatisations massives des années 2000 et jusqu’au schéma d’organisation actuel en grands groupes, la gestion des entreprises économiques publiques n’a cessé, des années durant, de donner du fil à retorde à l’Etat-propriétaire qui cherche désormais à y apporter des réponses autrement plus structurelles et pérennes.

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Ne jamais abandonner ses entreprises à leur propre sort, mais ne pas continuer non plus à rééditer sans cesse les expériences passées de mise sous perfusion financière continuelle à coups de centaines de milliards de dinars, semble désormais être la nouvelle méthodologie que l’Etat veut mettre en place pour remettre durablement le secteur public marchand sur rails. Un secteur qui, de par son poids économique et social mais aussi son potentiel de création de richesses, devra connaître ainsi une nouvelle organisation «avant la fin de l’année en cours», selon la nouvelle feuille de route déclinée par le ministre de l’industrie lors d’une récente émission sur les ondes de la radio nationale.


 «Renforcer l’existant…» 


Le statut d’entité économique publique, faut-il le croire, ne condamne pas en lui-même à la non-compétitivité et aux non-performances, ni à une mauvaise qualité de management. Preuve en est sans doute les cas de quelques groupes publics tels que Cosider, Gica et d’autres qui parviennent parfaitement à tirer leur épingle du jeu et à mettre à profit les nouvelles donnes économiques pour gagner en parts de marchés et se diriger vers l’export. Aussi, comme le fait observer Ali Aoun lors de la même émission radiophonique, s’il n’est pas une obligation, le sauvetage ou le redressement du secteur public n’en demeure pas moins «une nécessité» car, fait-il valoir, «cela rentre en droite ligne avec les décisions prises par les pouvoirs publics de renforcer l’existant». Il s’agit ainsi, selon lui, de sauvegarder surtout tout un potentiel industriel et économique «qu’on ne peut plus refaire», tant en terme d’infrastructures, d’acquis technologiques, de ressources humaines et de main-d’œuvre déjà formée et qualifiée. Et pour ce faire, introduit-il, il faut moderniser les équipements de production et surtout réformer les modes de gestion.


Des mammouths à dégraisser…


Des mammouths à dégraisser en termes de modes de gestion et d’organisation, de sorte à libérer les managers du poids des méthodes centralisées et bureaucratiques, tout en les mettant sous performance et en leur donnant les moyens de remplir pleinement leurs contrats d’objectifs et leurs obligations de résultats. Il y a encore des lourdeurs et des frilosités chez le gestionnaires, a reconnu en ce sens le ministre de l’industrie lors de son récent passage au forum El Moudjahid, ajoutant que «gérer c’est prendre des risques, et qu’aujourd’hui, si l’on ne fait pas vite, il y a des unités qui risquent de disparaître».


Le diagnostic et la méthode Aoun


Pour le ministre de l’industrie, le constat ne souffre nulle équivoque : «Le secteur public marchand est victime d’une certaine organisation qui a été imposée en 2018.» Ce secteur, décrit-il, «est passé par plusieurs phases d’organisation avant de finir par la création des groupements industriels actuels et qui sont humainement non gérables». Aujourd’hui, relève-t-il, ce secteur compte une douzaine de groupes publics, et chaque groupe comporte en son sein une vingtaine, voire une trentaine de filiales qui comptent à leur tour six ou sept unités de production chacune… «Je me demande comment un président de groupe peut gérer toutes ces affaires ?», déplore-t-il, en indiquant qu’en raison de cette forme de gestion et d’organisation, la plupart des entités publiques sont aujourd’hui dans des situations difficiles «pour la simple raison qu’on ne peut humainement pas gérer à partir d’un direction générale une multitudes d’unités diversifiées», a-t-il tranché. Dès lors, s’engage-t-il, une réorganisation du secteur public marchand s’impose et se fera avant la fin de l’année en cours pour permettre aux groupements économiques publics de «revivre», a-t-il dit. Une nouvelle réorganisation dont il n’a pas détaillé la consistance, mais qui devra sans doute passer par une restructuration des portefeuilles des grands groupes publics en décentralisant leur gestion et en séparant leurs activités de production, de sorte à libérer les managers des lourdeurs administratives, tout en les soumettant à des obligations de résultats et de performances. Quant à d’éventuelles perspectives de privatisations d’entreprises publiques, elles ne peuvent être envisagées, selon le ministre, que si celles-ci se portent déjà bien.  C’est dire en définitive que l’Etat prévoit concrètement de continuer à miser grandement sur son secteur marchand en veillant à redresser sa gestion et ses performances pour tirer pleinement profit de son fort potentiel de création de valeurs ajoutées et lui permettre ainsi de contribuer efficacement à l’effort de relance industrielle et de diversification économique.



 


 

19 mai 2024 | algeria-logo