1 août 2021 | il y a 4 ans

Mustapha Mekidèche, économiste : «Mesures utiles nécessitant une mise en œuvre»

news-detail

Quelle lecture faites-vous des mesures annoncées lors du Conseil du gouvernement pour une relance économique ?


Les mesures annoncées sont nécessaires, mais non suffisantes.


Pourquoi?


Car les mesures ne valent que par leur mise en application sur le terrain. Or, ces mêmes mesures ont été identifiées dans le passée, mais n’ont pas été appliquées. Donc, ce sont les conditions de mise en œuvre des mesures sur lesquelles il faudrait plancher et travailler.


Quelle a été votre réaction première à la lecture de ces mesures préconisées par le gouvernement ?


Ma réaction a été de voir ce qu’ont déjà fait les gouvernements précédents en la matière. Et j’ai trouvé qu’en 2019, l’ancien Premier ministre Abdelaziz Djerad avait préconisé les mêmes mesures et je me suis interrogé sur les raisons de leur non mise en application. C’est pour cela qu’il faut plus de réflexion, d’outils opératoires et de dialogue avec les partenaires sociaux pour voir à quel niveau se situe le problème empêchant la mise en œuvre de ces mesures.


Quelles sont les conditions de la reprise?


S’agissant des conditions de reprise des activités et de la relance économique dans un contexte sanitaire encore incertain, elles sont identifiées pour certaines d’entre elles par les parties prenantes, c’est-à-dire les pouvoirs publics et les partenaires sociaux. Le fait est qu’elles sont contraintes dans leur mise en œuvre. Le communiqué diffusé à l’issue de la réunion du gouvernement du 31 juillet témoigne bien de cette situation. En se focalisant de façon plus précise sur les secteurs de l’industrie et de l’agriculture, les mesures respectivement préconisées ont été déjà programmées dans un passé récent. Le tout est de savoir pourquoi leur mise en œuvre tarde autant. Au-delà des contraintes de ressources, trois pistes importantes me semblent devoir être explorées sur l’origine des inerties, des pesanteurs et des blocages. D’abord, le rétablissement de la confiance qui fonde l’acte d’entreprendre, c’est-à-dire la prise de risque qui est consubstantiel à tout investissement et production de biens et de services. Ce rétablissement de la confiance concerne évidemment tous les secteurs, tous statuts confondus(public, privé, mixte). Cela passe par la dépénalisation des actes de gestion non seulement dans les textes, mais aussi dans la jurisprudence. C’est un chemin difficile mais inévitable. Le dialogue permanent entre les partenaires sociaux en est également un élément de traitement. De plus, les IDE, dont la contrainte du 51-49% a été levée, est très sensible à ce processus de rétablissement de la confiance. La deuxième piste est la lutte contre le gaspillage des facteurs rares de production : foncier agricole et industriel non exploité au moment où d’autres projets sont en liste d’attente, infrastructures de production à l’arrêt. Ceci au plan conjoncturel car au plan structurel, le chantier est plus vaste avec des politiques tarifaires de l’énergie obsolètes, des   transferts sociaux à l’origine non seulement de gaspillages, mais aussi de transferts indus de rentes. La troisième piste est le ciblage approprié et daté des activités ou des productions à soutenir soit par voie budgétaire et fiscale, soit par accompagnement bancaire. Là aussi, les leçons de ce qui a été mal fait dans la filière automobile doivent inciter à la transparence, la veille opérationnelle et la réactivité dans l’approche. Dans ces conditions, le retour aux fondamentaux, c’est-à-dire la substitution progressive aux importations associée à l’élargissement des exportations hors hydrocarbures, déjà perceptible au premier semestre 2021, est la seule voie de nature à desserrer les contraintes extérieures et budgétaires. Elle est encore semée d’embûches dont on a indiqué rapidement quelques-unes dans cette courte contribution. Il faut enfin noter que le processus de réformes structurelles devant aboutir au nouveau paradigme de croissance n’est pas un long fleuve tranquille. On le voit bien, mais gardons l’optimisme de l’action.


Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem

1 août 2021 | algeria-logo