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Comment évaluez-vous la politique du logement en Algérie ?
Il n’y a pas de politique de logement dans notre pays. Il y a des programmes erratiques de réalisation de logements, toutes formes confondues. En fait, il y a une crise du logement gratuit, ce qui n’existe dans aucun pays au monde. Il y a lieu de créer un véritable marché du logement neuf et d’occasion, tout en favorisant les programmes liés à l’éradication de l’habitat précaire qui prolifère à la lisière des grandes villes. En outre, il faut maîtriser les prix du logement, ce qui renvoie à la maîtrise des intrants, notamment la main-d’œuvre, les matériaux de construction, ingénierie…pour pouvoir bancariser les circuits de financement des acquéreurs et des promoteurs. Enfin, la maintenance du parc de logement est un problème majeur à relier à la politique des loyers, à savoir niveau et recouvrement. Ce sont tous ces éléments qui recouvrent la politique du logement.
Quid de la situation de l’habitat ? Celui-ci est censé fournir autre chose que des abris…
Vous posez, en fait, le problème de l’urbanisme, de l’environnement et de l’occupation du sol. Nous avons également dans ce domaine un retard important dans les études d’ingénierie globale et de détail. Cette situation entraîne des dysfonctionnements importants dans l’aménagement du territoire, en l’occurrence zone agricole, zone urbaine, zone commerciale, zone résidentielle, zone industrielle. Il faut donc reconstituer le puzzle pour avoir une vision stratégique et globale du problème de manière à développer un plan cohérent à moyen et long terme.
Quels sont les enjeux qui se cachent derrière la mise en œuvre des programmes de logement dans ses différentes formules ?
Cela pose le problème de l’accessibilité au logement. Dans aucun pays au monde l’accession au logement ne se fait par un paiement cash, sauf en Algérie. C’est donc tout le problème du financement du logement, entre acquéreur, promoteur et système bancaire, qu’il faut revoir dans sa globalité. Mettre sur le marché des formules de financement pour l’accession et la production de logements est donc vital pour fluidifier le secteur. En outre, il ne faut pas oublier la production industrielle du logement et l’introduction de techniques innovantes. En la matière, notre pays a pris un retard considérablequi se traduit par des retards considérables dans la livraison des programmes. Ce qui entraîne une augmentation substantielle des coûts.
Quelles sont vos propositions pour endiguer la crise du logement en Algérie ?
A travers ce que je viens d’énumérer, des axes stratégiques peuvent être identifiés et mis en cohérence. Ils peuvent constituer un plan national pour la solution partielle à la crise du logement payant. Pour le logement gratuit, notre pays sera toujours en déficit car d’autres éléments entrent en ligne de compte, tels que les zones dites d’ombre, les déséquilibres régionaux, l’occupation rationnelle du sol, les arbitrages entre ville et campagne.
Les idées ne manquent pas, mais qu’en est-il de la volonté politique ?
La volonté politique doit se nourrir d’idées réalistes. Sinon, nous tomberons dans les politiques erratiques et les décisions qui ne verront pas le jour de sitôt. La volonté politique doit s’inscrire dans une vision à moyen et long terme, de manière à au moins atténuer la crise qui perdure depuis des années.