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Dans les filières industrielles où la concurrence est forte, certaines entreprises algériennes suivent désormais un même schéma, celui de démarrer avec des moyens limités, consolider d’abord le marché intérieur, puis accéder progressivement à l’export après quelques années d’apprentissage. Dans le segment des détergents et produits d’entretien, l’Algérie a justement vu émerger une dynamique d’expansion vers l’international.
Plus de 2.000 produits et 90 distributeurs en Algérie
C’est le cas de l’entreprise Esquirol, un fabricant basé à Boumerdès qui a célébré, jeudi dernier, 10 années d’existence sur le marché national. Connu pour ses produits commercialisés sous le nom de Life, le fabricant illustre une tendance que de plus en plus d’opérateurs privés revendiquent en Algérie. C’est de partir modestement, consolider une base industrielle et, après quelques années d’apprentissage, décrocher les premiers marchés à l’export. Dans la filière des détergents et produits d’entretien, une dynamique d’expansion internationale est à relever, depuis quelques années, portée par l’adaptation des entreprises locales et l’ouverture progressive de débouchés extérieurs.
Le PDG d’Esquirol, Brahim Khodja, résume une trajectoire que beaucoup de petites structures industrielles recherchent: «Nous avons commencé à partir de rien, avec seulement 4 employés. Nous visions dès le début à devenir une entreprise présente sur le marché international». 10 ans plus tard, affirme-t-il, l’entreprise compte «5 unités de production, 1.300 ouvriers et exporte vers une trentaine de pays». Il insiste sur la logique de temps long: «Les 10 dernières années étaient une période d’apprentissage. Le plus important reste à venir».
Sur le volet domestique, le dirigeant met en avant une couverture nationale qui sert souvent de tremplin avant l’export: «Aujourd’hui, nos produits sont présents dans toutes les wilayas du pays, avec plus de 2.000 produits et 90 distributeurs». Sans entrer dans une communication de marque, cet ancrage local est généralement présenté par les industriels comme une condition préalable mettant en avant les volumes, la régularité d’approvisionnement, le retour terrain et la capacité à tenir des standards constants.
L’export, lui, reste l’étape la plus exigeante, car il impose des coûts logistiques maîtrisés, des délais, des normes et parfois des adaptations d’étiquetage ou de formulation. Dans ce segment, Esquirol exporte déjà vers plusieurs destinations, «tels que la France, la Tunisie, l’Espagne, la Mauritanie, la Libye et le Qatar». En interne, l’entreprise confirme aujourd’hui l’élargissement de cette géographie.
Oussama Taleb, responsable export, cite «plusieurs pays européens, notamment la France et la Belgique», et, côté Afrique, «la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, le Sénégal, le Bénin ainsi que l’île Maurice». Il évoque aussi un levier souvent mobilisé par les opérateurs nationaux, à savoir les salons et expositions à l’étranger. «L’entreprise participe également aux salons organisés dans le pays et à l’étranger, avec l’objectif, à terme, d’élargir son implantation sur le marché africain», souligne Taleb.
Réduire la dépendance extérieure
Sur le plan des performances, ce dernier chiffre l’activité récente. «La valeur des exportations réalisées en 2025 s’établit autour de 300.000 euros», précise-t-il. Et d’anticiper «une perspective de hausse en 2026». En volume, il estime les sorties à «environ trois à quatre conteneurs par mois». Là encore, le cap affiché n’est pas uniquement commercial. Taleb rattache la stratégie aux orientations de développement de l’intégration locale: «Environ 20% des matières premières sont actuellement importées», mais l’entreprise dit viser une production locale «à partir de cette année ou de l’année prochaine», afin de réduire la dépendance extérieure.
À 10 ans, Esquirol veut franchir un palier supplémentaire, avec la «réalisation d’une unité de production dédiée spécialement aux produits destinés à l’exportation et conquérir plus de marchés à l’international». Une telle spécialisation, si elle se concrétise, répond à une contrainte bien connue qui fait que l’export diffère du marché intérieur, et la compétitivité se joue autant sur la standardisation, les cadences et la traçabilité que sur le prix.
Au-delà d’un cas d’entreprise, l’exemple renvoie à un enjeu plus large pour l’économie algérienne, à savoir transformer des initiatives privées nées petites en exportateurs réguliers, capables de tenir la durée. Alors que la filière algérienne des détergents gagne en structuration et en visibilité, plusieurs fabricants revendiquent désormais une logique de qualité, d’innovation et d’exportation.
Au niveau international, le marché des produits ménagers de nettoyage est évalué à 282,28 milliards de dollars en 2025, signe d’un secteur de masse, indispensable au quotidien. Pour les industriels algériens, l’enjeu est désormais de convertir des succès ponctuels en flux export réguliers, adossés à une intégration locale plus forte.