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Ces nouveaux fleurons ne sont pas appelés à servir de simples unités de production mais plutôt de «bras armé» d’une stratégie de souveraineté numérique et technologique dont la mise en place a débuté depuis 2024.
Le premier de ces décrets, à savoir le n° 26-104, porte création de «l’Établissement de câblerie (EPIC-EC)». Il précise dans son article premier qu’il s’agit d’un
«établissement public à caractère industriel et commercial relevant du secteur économique de l’Armée nationale populaire». Cet établissement, dont le siège se trouve à Réghaïa, dans la wilaya d’Alger, est chargé, selon l’article 5 du décret, «de la conception, de la production et du développement de la fibre optique, des câbles à fibre optique ainsi que des composantes et accessoires y afférents». Le texte insiste également sur la normalisation et le contrôle de qualité, ainsi que sur la participation à «l’effort national de recherche-développement». L’article 8 ouvre la possibilité de prendre en charge «au profit de l’État des sujétions de service public», consacrant ainsi son rôle stratégique au-delà d’une logique purement commerciale.
Le second décret, n°26-105, crée l’«Établissement de production des moyens des technologies de l’information et de la communication (EPIC-EPMTIC)», basé à El-Harrach. Là encore, l’article premier reprend la même architecture juridique, inscrivant l’entité dans le secteur économique de l’ANP. Dans son article 5, le texte précise que l’établissement est chargé «de la conception, de la production et du développement des moyens des technologies de l’information et de la communication». Il s’agit donc d’un outil industriel couvrant les équipements, sous-ensembles et dispositifs nécessaires au déploiement et à la sécurisation des réseaux.
A noter que ces deux créations ne surgissent pas ex nihilo puisqu’elles constituent, en réalité, l’aboutissement d’un cheminement amorcé depuis le Conseil des ministres du 22 mai 2024, lorsque le président de la République avait ordonné d’«engager la production locale de fibre optique, parallèlement au projet de sa généralisation et de son financement». Il avait également insisté sur la «diversification des fournisseurs d’internet» et sur la nécessité de «prendre toutes les précautions nécessaires en matière de cybersécurité», notamment à travers l’entretien et le contrôle des câbles sous-marins et des réseaux centraux.
Depuis, le programme «tout-fibre» s’est accéléré pour atteindre un nombre de trois millions de foyers raccordés au FTTH, contre 53 000 en 2020. Suite à cette performance, le chef de l’État avait alors assuré que l’Algérie «produit désormais cette fibre optique et couvre entièrement ses besoins alors qu’elle les importait par le passé». Ce basculement d’importateur à producteur a été présenté comme un indicateur de montée en gamme technologique et de consolidation de l’indépendance économique.
Un enjeu de sécurité nationale
Il y a lieu de souligner que les textes prévoient une gouvernance étroitement articulée autour des structures du MDN, avec un conseil d’administration présidé par le ministre ou son représentant, et une direction assurée par un officier général ou supérieur. Ce choix de confier ces projets au ministère de la Défense nationale est, à vrai dire, loin d’être anodin. Il répond à une logique de sécurité nationale qui fait des infrastructures numériques des actifs stratégiques, au même titre que les équipements de défense. C’est d’ailleurs ce que vient conforter la publication, durant la même journée d’hier, de la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information 2025-2029 qui vise à «préserver la souveraineté numérique nationale» et à protéger l’infrastructure de l’État.
A ce titre, l’EPIC-EPMTIC est appelé à contribuer, au-delà de la fibre, à la fabrication d’équipements TIC, à réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers et à soutenir l’effort de recherche-développement. Des missions dont les enjeux sont, certes, économiques, et ce, en participant à la réduction de la facture d’importation, création d’emplois qualifiés, augmentation du taux d’intégration, mais aussi et surtout sécuritaires, dans un contexte marqué par la multiplication des cybermenaces. Avec ces textes, l’Algérie formalise ainsi le passage à un dispositif industriel opérationnel où la souveraineté numérique s’incarne, désormais, dans des structures dédiées, dotées de moyens, de missions précises et d’un ancrage institutionnel fort.
A noter également que dans le même numéro du Journal officiel, un troisième décret porte création de l’Établissement de développement des industries de textiles (EPIC-EDIT), mis aussi sous tutelle du ministère de la Défense nationale. S’il ne relève pas du champ numérique, il témoigne d’une même orientation, à savoir celle de structurer des filières industrielles stratégiques autour d’établissements publics à caractère industriel et commercial, afin de consolider l’autonomie productive du pays.