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Cette décision, loin d'être un simple ajustement technique, s'impose comme un levier de croissance systémique, indispensable pour rattraper les standards mondiaux de productivité et de souveraineté numérique. La ressource la plus précieuse d’un opérateur télécom est invisible : le spectre radioélectrique. Actuellement, une part substantielle des bandes fréquences (notamment 900 MHz et 1800 MHz) est «capturée» par des technologies héritées, la 2G et la 3G, alors même que les usages basculent massivement vers la 4G et la 5G.
En économie, c’est ce que l’on appelle une perte sèche de productivité. Le maintien de ces bandes pour des services de voix et de données limités constitue une entrave à l’innovation. Le processus de «Refarming», ou réaffectation de ces fréquences, permettra aux opérateurs comme Mobilis, Djezzy et Ooredoo de libérer des ressources indispensables pour la 5G. Cette dernière exige des bandes passantes contiguës et larges pour fonctionner à plein régime. Concrètement, cette mutation permettra une densification immédiate du réseau 4G/5G, améliorant la qualité de service et réduisant la congestion urbaine sans nécessiter d'investissements massifs dans de nouvelles infrastructures physiques. C’est là que se cristallise l’économie d’échelle : faire mieux, avec une efficacité spectrale optimisée. Au-delà de la technique, l’enjeu est financier et écologique.
Maintenir quatre générations de réseaux simultanément est un gouffre opérationnel. La 2G et la 3G, par leur conception ancienne, sont énergétiquement inefficaces. À l’heure où l’Algérie engage des efforts colossaux pour sa transition énergétique et la rationalisation de sa consommation d'électricité, le basculement vers le «All-IP» (tout sur protocole Internet) de la 4G/5G réduit drastiquement la consommation électrique par gigaoctet transmis. Par ailleurs, cette simplification permet de libérer des ressources humaines hautement qualifiées, jusqu'ici mobilisées par la maintenance de réseaux obsolètes, pour les réorienter vers des secteurs à haute valeur ajoutée, comme la cybersécurité, le Cloud et l'ingénierie logicielle.
L'impact le plus significatif réside, toutefois, dans la transformation du tissu économique national. La transition vers les réseaux modernes est le moteur de l'économie de la connaissance. Des domaines comme les services financiers mobiles, l'e-gouvernement et la télémédecine doivent avoir une latence ultra-faible, seule garantie de fiabilité. Parallèlement, l'essor de l'industrie 4.0 et de l'Internet des Objets (IoT) industriel est conditionné par cette modernisation. Qu'il s'agisse de gestion intelligente du réseau électrique (Smart Grids), de logistique automatisée ou de télésurveillance, l'Algérie se dote ainsi des outils nécessaires pour booster sa productivité industrielle. De plus, la généralisation des terminaux connectés de nouvelle génération favorisera l'inclusion financière, permettant d'intégrer plus efficacement les circuits économiques informels dans l'écosystème bancaire national.
Cependant, un tel basculement comporte des défis sociaux qu'il convient de ne pas occulter. Une partie de la population utilise encore des terminaux d'entrée de gamme, limités à la 2G ou à la 3G. Une extinction brutale sans stratégie d'accompagnement risquerait de creuser une fracture numérique préjudiciable aux citoyens les plus vulnérables. La réussite de ce projet repose donc sur une pédagogie de proximité et, surtout, sur une politique volontariste de subvention ou de facilitation d'accès aux terminaux compatibles 4G.