19 يناير 2022 | منذ 4 سنوات

Brahim Guendouzi, économiste : «L’approvisionnement régulier du marché sera difficile»

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El Moudjahid : L'huile de table manque toujours dans les supérettes et espaces alimentaires. Comment sommes-nous arrivés là, et par quelles mesures concrètes y remédier ?

Brahim Guendouzi : Après une crise relative à la disponibilité de ce produit de large consommation, il est difficile de rétablir du jour au lendemain l’approvisionnement régulier du marché, même en mettant à la disposition des commerces de détail de grandes quantités. Le comportement des consommateurs est actuellement au surstockage tant la situation reste encore confuse sur la raison de cette pénurie. Ajouté à cela, la faiblesse de la communication autour de cette question, aussi bien de la part des producteurs et distributeurs que des administrations chargées de la régulation des activités commerciales. Au niveau des producteurs, il y a certainement des difficultés d’approvisionnement en matières premières oléagineuses sur le marché international qui subit actuellement des rigidités sur les quantités disponibles et surtout l’importante hausse des prix ainsi que celle de la tarification du transport maritime. Il y a également l’apparition de surcoûts au niveau des entreprises en raison des conditions sanitaires, lesquels sont répercutés sur les prix sortis d’usine. Par ailleurs, l’huile de table étant subventionnée et son prix fixé, les marges commerciales sont tellement réduites que les distributeurs et les commerces de détail ne sont plus intéressés par la vente d’un tel produit qui ne rapporte plus mais qui pèse dans le chiffre d’affaires servant à l’assiette fiscale. Aussi, avec la faiblesse constatée dans la régulation, tout ceci fait en sorte que l’huile de table est devenue carrément un bien alimentaire à visée spéculative, tant que ce dispositif reste encore en vigueur. La façon la plus logique de venir à bout de cette crise demeure la concertation entre les parties prenantes que sont les producteurs, les distributeurs de gros et de détail, les administrations du commerce et des finances ainsi que les associations de protection des consommateurs, afin de dégager une ligne de conduite consensuelle qui sera adoptée ensuite par les pouvoirs publics et appliquée sur le terrain comme réponse au dysfonctionnement de la distribution d’un bien alimentaire essentiel.


Une loi contre la spéculation est promulguée. Quel sera son apport ?

La récente loi relative à la lutte contre la spéculation est certes coercitive par rapport aux pratiques maffieuses avec volonté de nuire et de déstabiliser l’activité commerciale à grande échelle, d’une part, et à freiner autant que faire se peut l’expansion du secteur informel particulièrement avec l’ampleur qu’il prend dans la sphère commerciale. Mais il ne faut pas s’attendre à des résultats significatifs dans une crise du genre pénurie d’huile de table.


Le lait conditionné est aussi en manque et connaît une hausse de son prix. Un commentaire ?

S’agissant du lait, il y a deux logiques qui attendent des réponses appropriées car elles relèvent toutes les deux du système des subventions. Tout d’abord, il y a les laiteries qui utilisent énormément de poudre de lait exclusivement importée par l’ONIL. La tension sur cette matière et la volonté affichée de mettre de l’ordre entre le lait en sachet dont le prix est toujours fixé à 25 DA le litre, d’une part, et les autres activités de transformation du lait en plusieurs dérivés mais dont les prix sont libres, d’autre part. La subvention va ici à la consommation. Par ailleurs, la production de lait cru par les éleveurs est perturbée à cause de la hausse des frais d’exploitation des activités d’élevage bovin notamment dans son aspect aliment du bétail.

Les subventions à la production versées aux éleveurs mais également aux collecteurs de lait cru sont jugées aujourd’hui très insuffisantes, ce qui a entraîné l’abandon de l’activité par certains.

De nombreuses laiteries s’approvisionnent justement en lait cru pour la transformation mais elles se rabattent maintenant sur la poudre de lait. L’ensemble de ces dysfonctionnements rendent nécessaire l’adoption d’une véritable politique du lait, aliment essentiel dans la consommation des ménages, en privilégiant la production nationale tout en réduisant la facture d’importation qui, il faut le rappeler, était de l’ordre de 1,2 milliard de dollars en 2020.

18 يناير 2022 | algeria-logo